MANIFESTE POUR

UNE OEUVRE ÉTENDUE

L'Étendue sous contrainte


L’œuvre demeure, par essence, étendue. Intuition globale, pensée totale. La fragmentation perçue découle uniquement des limites imposées par chaque support : papier muet, toile immobile, matière sourde. Ces limites restreignent l’appréhension du monde, privent nos sens de leur pleine expression.


L'œuvre étendue constitue une réponse à ces limites :


- Curiosité, impulsion première. Atteindre une autre dimension demande une recherche constante. L’exploration de la structure d’une œuvre étendue — littéraire, plastique, musicale ou autre — nous amène vers des rivages insoupçonnés, au chaos peut-être.


- Réalité, contrainte inévitable. Créer impose de jouer avec des limites — poids, surface, structure, argent — pour repousser les frontières, sans jamais viser l'absolu. Car la totalité bornée demeure un horizon inaccessible, une limite que l’on ne fait que frôler, une tension qui justifie à elle seule l’effort de chaque nouvelle station.


- Totalité sensorielle. Le projet ne cherche pas l'infini, mais cette totalité-horizon. En sollicitant vue, son, esprit, ce travail tente de repousser les frontières pour offrir une expérience où le récepteur circule librement. C’est dans cet espace que survient le Kando : cet instant de bascule où, par la convergence des sens, la totalité de l'œuvre cesse d'être une somme pour devenir une évidence bouleversante.


L'œuvre étendue réfute la libération illusoire. Elle reste une tentative, l'art d'utiliser les outils disponibles pour incarner une pensée qui, sans cet effort, resterait confinée.